Notice biographique sur M. Rondeaux de Sétry

Après avoir publié – il y a quelques temps déjà –  sur mon site familial la transcription du document  manuscrit « Notice sur Oissel et Saint-Étienne-du-Rouvray », quoi de plus attrayant que de lire une biographie rédigée du temps de M. Rondeaux de Sétry ? Celle-ci a été présentée lors de la séance publique du 22 juillet 1805 (3 Thermidor an 13) de l’Académie des Sciences des Belles-Lettres et des Arts de Rouen par M. NOEL. [1]

« Jean-Marin-Joseph-Claude Rondeaux de Sétry naquit à Rouen, le 7 novembre 1720, de M. Marin Rondeaux et de madame Marie-Madeleine Chéron de Freneuse. Sa famille, originaire de Saint-Quentin en Picardie, persécutée pour son culte, à l’époque des guerres de religion quitta cette ville et se dispersa dans plusieurs points de la France; une d’elles vint se fixer à Rouen, où elle s’est conservée honorablement depuis environ deux siècles.

M. Rondeaux perdit son père dès l’âge le plus tendre, mais , élevé par une mère aussi vertueuse que belle, il contracta de bonne heure les douces habitudes de l’amour du bien et d’une solide piété.

Les idées du jeune Rondeaux furent constamment dirigées vers l’étude des productions de la terre ; de là vint la prédilection qu’il eut depuis pour la botanique et particulièrement pour la culture des plantes utiles. Ses premières dispositions furent secondées par les conseils de vieux amis dont l’expérience était sûre. Ils cultivèrent son esprit et dirigèrent ses goûts, mais sa mère seule forma son cœur. Elle en recueillit bientôt la récompense ; elle trouva dans un fils de vingt ans la soumission respectueuse et la confiance filiale dont les germes avaient fructifié par ses soins. Elle, voyait tous les jours ses talents se développer et ses vertus s’accroître.

Disciple du savant Delaizement et du vertueux Dangerville , notre collègue eut pour émule le modeste d’Ambourney. Quoique fort jeune encore, la botanique , sa passion dominante, l’avait mis en rapport avec Bernard de Jussieu , et, avant même d’appartenir à notre Société savante, il eut des liaisons intimes avec le célèbre Lecat, dont la réputation était répandue dans l’Europe entière.

Parvenu à l’âge où il devait rendre ses talents utiles à la Société, sa mère, son conseil et son amie, le détermina à entrer dans la carrière de la magistrature que ses ancêtres avaient si honorablement parcourue. Conseiller en la Cour des Comptes, Aides et Finance de Normandie, on le vit pendant quarante ans y porter les connaissance d’un juge éclairé et les vertus d’un magistrat intègre. La Révolution seule mit un terme à ses fonctions.

Il avait atteint sa trentième année sans avoir connu d’autre bonheur que celui qu’il goûtait dans une société choisie dont sa mère était l’ornement. Séduit peut-être par l’exemple de ses premiers amis, M. Rondeaux résista quelque-temps aux vœux d’une tendre mère qui le pressait de se choisir une compagne. Huit jours suffirent pour le rendre époux ; et, comme si son étoile avait voulu qu’il fût et devint constamment heureux par tout ce qu’il y a de plus cher au monde, il trouva dans cette union, peu réfléchie en apparence et si rapidement formée, un genre de bonheur qu’il n’avait pas connu jusqu’alors. Six enfants furent le fruit de ce mariage ; un seul leur a survécu, M. Rondeaux de Montbray, votre associé à Louviers, qui, suivant les traces de son père, élevé par lui et digne de son nom, répond à ses espérances et tient dans la Société le rang honorable assigné à tout citoyen utile.

Sans rien négliger de ses devoirs de père et d’époux, notre Confrère, à cette époque, mit encore plus d’activité dans ses travaux. Entouré de matériaux nombreux, fruit de ses fréquentes herborisations, il continua d’observer les merveilles de la nature ; il voulut s’initier à tous ses secrets ; il reconnut dans les systèmes des anciens nomenclateurs des incohérences qu’elle désavouait. Il se créa des méthodes nouvelles ; à des descriptions, vagues ou imparfaites il en substitua de précises ; il surpassa souvent le style laconique de Linné, objet constant de son admiration. Un travail assidu lui acquit une science profonde ; un jugement sain le garantit de l’ambition d’une publicité qui contrastait trop avec sa modestie : et si, d’une part, il y eut beaucoup d’uniformité dans sa, vie. domestique , de l’autre il sut répandre une grande variété dans ses travaux. L’heureux emploi qu’il fit de son temps et de ses talents mérite peut-être autant de fixer nos regards que cette liste fastueuse de faits éblouissants qui jettent quelquefois tant d’éclat sur la vie du politique et du guerrier.

Tel est le jugement que paraît en avoir porté l’Académie des sciences , des belles-lettres et des arts de la ville de Rouen, qui, en 1758, s’empressa de l’accueillir dans son sein.

Les nombreux mémoires dont il enrichit cette Compagnie savante lui valurent l’honneur d’être nommé vice-directeur en 1761, et directeur l’année suivante. Le zèle et les talents distingués avec lesquels il s’acquitta des fonctions de ces places honorables, lui méritèrent l’estime et la reconnaissance de tous ses Confrères.

Nommé par eux, quelque temps après, intendant du jardin botanique, sa générosité l’enrichit d’un grand nombre de plantes rares. Par ses soins éclairés l’entretien des serres devint plus économique, et la tenue du jardin plus utile et plus brillante.

Dans la quantité des mémoires que lui doit l’Académie et qu’elle conservé précieusement, nous distinguerons les suivants:

Recherches sur la .ville de Rouen ; elles consistent en trois plans originaux où il a tracé la première enceinte de cette ville et ses accroissements successifs. Ces plans sont accompagnés de notes instructives sur les principaux édifices et sur les événements remarquables dont elle fut le théâtre.

2° Deux autres plans, levés par lui, des ruines du fort de Moulineaux, vulgairement appelé le Château de Robert-le-Diable, et de la forteresse de Sainte-Catherine.

3° Une collection de poissons qu’il a dessinés et enluminés d’après nature, enrichie de ses observations manuscrites dont l’exactitude ne laisse rien à désirer.

4° Une autre collection d’environ cinq cents champignons, également peints par lui, avec leur description générique et spécifique ; ouvrage dont il conçut le plan à l’âge de 78 ans, et qu’il exécuta en quatre ans, avec une persévérance dont les exemples sont rares dans un âge si avancé ; ouvrage qui contient une foule d’espèces qu’on rechercherait en vain dans les collections de Pinot, de Schoeffer, d’Hoffman, de Marsigli et dans l’histoire des champignons de la France, publiée par Bulliard, la plus complette que nous possédions.

5° Un Traité sur la culture des arbres en pleine terre, qui offre le rapprochement heureux des observations de Miller , du baron de Tschoudy, du chevalier de Jansen, et les siennes propres.

6° Divers cours abrégés d’histoire relatifs aux quadrupèdes, aux oiseaux, aux plantes.

7° Des mémoires détachés sur l’économie rurale, où il a traité de l’éducation, des vers à soie, des oiseaux domestiques, de la ladrerie des porcs, de divers engrais, des prairies artificielles, de procédés nouveaux pour arroser les jardins , de nouvelles dispositions des serres.

8° Des notices et rapports sur d’anciens tombeaux découverts à Oissel, sur des médailles trouvées à Neufchâtel ; une description des communes de Oissel et de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Les originaux de ces mémoires et de plusieurs autres ont été déposés aux archives des Sociétés savantes auxquelles il appartenait.

On ne peut les lire, Messieurs, sans y reconnaître la touche simple et naïve d’un ami de la nature et de la vérité. Toujours en garde contre le charlatanisme des novateurs, aux prestiges de quelques mémoires séduisants il se contenta d’opposer l’autorité des faits et de l’expérience. C’est un des principaux mérites de ses essais dans une science ou les Duhamel, les Tull, les Young ont uni depuis la théorie à la pratique, et ont éclairé cette dernière du flambeau de leurs observations.

Parvenu, à un âge très-avancé, le privilège de la pensée était devenu pour notre respectable Confrère un privilège funeste. Il ne se souvenait de ce qu’il avait été que pour mieux sentir ce qu’il n’était plus. Averti, par le sentiment de ses infirmités, du terme fatal dont il approchait, il l’envisagea avec le sang-froid du philosophe et la résignation du chrétien. Rappelant alors toutes les forces de sa sensibilité, il traça d’une main courageuse ses derniers adieux à sa famille. Tout y respire sa soumission aux ordres de l’Éternel, la sollicitude qu’il éprouve pour les plus chers objets de ses affections, et le dernier élan de son cœur fut pour sa femme et pour son fils. Il s’endormit du sommeil du juste, le 9 messidor an 13 (28 juin 1805), âgé de 84 ans 8 mois, laissant aux siens pour héritage des biens périssables, mais, ce qui est encore préférable, une réputation sans tache, un bien qui ne périt jamais…

Ah ! celui qui, parmi vous, rend à sa mémoire le tribut d’éloges que réclame la vérité, fut aussi, Messieurs, l’objet de ses sentiments les plus tendres. Avec quelle affection ne lui prodigua-t-il pas ses savantes leçons ?  Combien de fois n’éclaira-t-il pas sa marche incertaine dans la carrière des sciences et des arts ? Charmé de contribuer à leur progrès, M. Rondeaux ne se réserva jamais le moindre hommage pour ce qu’il avait communiqué. Il semblait n’être-riche que pour donner.

Ces sortes de secours, si nécessaires pour la jeunesse avide d’instruction et de savoir, n’étaient pas les seuls qu’il se plaisait à répandre autour de lui. Sa mort aurait fait perdre un bienfaiteur à plus d’une famille qui trouvait en lui des ressourcés aussi promptes que secrettes, s’il n’eût laissé dans son épouse l’héritière de ses vertus. Les pauvres de la commune de Saint-Etienne qu’il habitait, feraient mieux-son éloge que moi. »

Références :
[1] M. NOEL. Notice biographique sur M. Rondeaux de Sétry. Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen pendant l’année 1805. Rouen, 1807, pp. 110-117.

A propos Alain Bohu

Docteur en médecine (en retraite), Membre de la Société Dunoise, Membre de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir
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